La réponse va avoir l’air d’un stéréotype, mais elle a bel et bien été formulée par Yushiroh Hirano.

D’abord, qui est Yushiroh Hirano ? C’est le numéro 71 des Canucks d’Abbotsford, adversaires du Rocket mercredi à la Place Bell. Mais surtout, c’est le seul Japonais de l’histoire à avoir marqué un but dans la Ligue américaine. Il aspire aussi à devenir le premier à le faire dans la Ligue nationale.

On rencontre Hirano la semaine dernière, lors du premier passage des Canucks à Laval. Le trapu attaquant nous raconte son histoire et nous explique notamment qu’il retourne au Japon en été pour s’entraîner. Le Japon, pays où on compte 79 patinoires intérieures (comparativement à 2860 au Canada) pour une population de 124 millions d’habitants (comparativement à 38 millions au Canada).

« C’est dur parce qu’on a très peu de patinoires ouvertes toute l’année. Et si je veux avoir une glace à moi seul, c’est trop cher. Donc je m’entraîne avec une équipe professionnelle, mais c’est seulement trois fois par semaine », détaille-t-il.

Manifestement, il réalise qu’il se complique la vie. Il sait très bien qu’il sacrifie son développement afin de rentrer chez lui pour quelques mois.

Mal du pays

Alors, qu’est-ce qui lui manque à ce point ? C’est là que vient la réponse qui semble sortie tout droit d’une mauvaise série des années 1990. « La nourriture. C’est une grosse différence. J’adore les sushis. J’aime les sushis ici aussi, mais ils sont américanisés. »

PHOTO FOURNIE PAR LES CANUCKS D’ABBOTSFORD

Yushiroh Hirano, des Canucks d’Abbotsford

C’est toujours dur de vivre dans un autre pays, parce que la culture est différente, la personnalité des gens aussi. Mon anglais n’est pas encore très bon, donc c’est difficile.

Yushiroh Hirano

L’anecdote illustre bien le défi supplémentaire auquel fait face Hirano. Déjà qu’il vient d’un pays où le hockey vient loin dans l’intérêt des gens, il doit aussi vivre un choc culturel.

Mais il s’est donné tous les moyens pour s’intégrer.

« Dans le vestiaire, il trouvait des façons de communiquer, se souvient Brad Patterson, son ancien entraîneur adjoint à Youngstown, dans l’USHL. Le défi était plus en famille d’accueil. Mais il se forçait vraiment pour s’impliquer. La famille avait un bébé d’environ 1 an. Et c’était lui qui lisait des histoires au bébé. Il le faisait pour le bébé, mais il apprenait lui aussi son anglais, avec des livres pour enfants ! C’était très intelligent de sa part. Il a tout fait pour s’aider. »

Ses efforts ont rapporté. À l’été 2015, Hirano est invité au camp de développement des Blackhawks et est interviewé par le Chicago Tribune, avec l’aide d’un interprète. En 2018, puis en janvier dernier, il accorde des entrevues à The Score et NHL.com, cette fois par courriel.

Notre entrevue de la semaine dernière s’est déroulée entièrement en anglais, et le relationniste des Canucks, tout en restant à proximité, n’a jamais eu à intervenir.

PHOTO FOURNIE PAR LES CANUCKS D’ABBOTSFORD

Yushiroh Hirano, des Canucks d’Abbotsford

Parcours atypique

Fils d’un ancien joueur professionnel au Japon, Hirano s’initie au hockey par l’entremise de son paternel. « Je regardais toujours la LNH quand j’étais petit, je regardais Joe Sakic. Je disais toujours que je voulais jouer dans la LNH », raconte-t-il.

Il se démarque vite comme un des meilleurs joueurs de sa terre natale. À 16 ans, il participe au Championnat du monde U18, division 1A. À 17 ans, c’est le mondial U20, division 2A. « J’ai réalisé qu’il y avait tellement de bons joueurs, je voulais avoir un défi à l’extérieur du Japon », se souvient-il.

En 2015, après avoir joué dans les rangs juniors en Suède, il reçoit une invitation pour le camp de développement des Blackhawks, par l’entremise d’un entraîneur de cette organisation qui avait auparavant agi à titre de consultant pour l’équipe nationale japonaise. De là, les Phantoms de Youngstown l’invitent à leur camp « sans trop entretenir d’attentes ».

« Et après 30 secondes, on a réalisé qu’il possédait des atouts, note Brad Patterson. Dans les exercices sans défenseurs, dès qu’il traversait la ligne bleue, il pouvait marquer. »

Avec ce tir dévastateur, Hirano conclut la saison avec 24 buts et 22 aides pour 46 points en 54 matchs.

Hirano rentre au Japon deux ans, avant de retourner en Amérique du Nord en 2018. Ses succès pendant trois ans en ECHL lui ont ouvert la porte des Canucks d’Abbotsford la saison dernière, où il a amassé 12 points en 30 sorties. Cette saison, il compte 3 points en 11 matchs.

Ce ne sont évidemment pas des statistiques qui lui vaudront un contrat de la LNH et qui en feront le deuxième joueur de son pays à atteindre la grande ligue, après le gardien Yutaka Fukufuji (Kings, 2006-2007). Mais à 27 ans, il y croit toujours.

Je ne suis pas assez bon pour le moment, mais j’essaie encore de monter. J’essaie d’observer mes coéquipiers, je regarde les matchs de Vancouver pour voir ce que les joueurs font. J’ai participé à leur camp d’entraînement. J’ai vu ce que je dois améliorer.

Yushiroh Hirano

Quoi qu’il arrive, Hirano aura laissé sa marque au hockey. C’est le cas dans la petite communauté du hockey nippon, mais aussi à Youngstown. Patterson – qui ne dirige plus les Phantoms depuis le printemps dernier – raconte qu’une tactique de ses équipes pour obtenir un tir dès la mise en jeu s’appelait le « Yush ». Mais il y a plus.

« Les jeunes ne réalisent pas toujours que nous, les Nord-Américains, on reçoit plein d’occasions de se faire valoir. Mais on a eu Yushiroh, de même que Nathan Walker [premier Australien à avoir joué dans la LNH]. Je m’en servais pour dire à mes joueurs : “Ces gars-là n’ont pas eu toutes les chances, ils n’ont pas eu l’accès à des patinoires que vous avez eues, et ils font carrière quand même.” »